Bloc préparé pour être découpé.
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Marque des coins
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Bloc de "marbre rose", la patine retirée.
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cuvette de "la Forge"
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Cathédrale de Gap
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CARRIERE DE COMBE MOUNIERE

 

Il y a quelques années La Roche de Rame ne comptait pas moins de quatre carrières de pierre rose. Celle des Cassettes et celle de Casse Nière situées au-dessus du hameau de Coutin et les deux de Combe Mounière situées au-dessus du hameau de Pra-Reboul. Elles exploitaient un gisement de pierre rose utilisée pour la construction des maisons et des édifices de La Roche dans lesquels il est très facile de les remarquer et pour les ouvrages d’art du tronçon Eygliers-Briançon de la ligne de chemin de fer ainsi que ceux de la nationale Gap-Briançon. Celle que nous présentons ici, la carrière N°1 dite quelquefois carrière sud de Combe Mounière a également produit de la pierre de couleur rose pour la construction de la nouvelle cathédrale de Gap. C’est en particulier à ce titre qu’elle est intéressante.

La nature de cette roche qui se présente sous un aspect rouge-rosé (argile) veiné de blanc (calcite) fait quelquefois débat aussi nous ferons appel à la compétence du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) qui la décrit dans sa notice « Guillestre » accompagnant la feuille correspondante de la Carte géologique de la France au 1/50 000 (citations en italique). Il s’agit de Malm roches du jurassique supérieur qui se sont formées vers 150 millions d’années lorsque les dépôts sédimentaires déposés au fond de la mer mésogéennequi recouvrait la région des Alpes se sont transformés en roches sous l’effet de la pression. Sous son faciès habituel il [le Malm] est représenté par des calcaires massifs, blancs, rosés ou café-au-lait à grain très fin. A leur base existe un niveau calcaréo-argileux, noduleux, rouge connu sous le nom de « marbre de Guillestre » (5 à 20 m) et qui a fourni de nombreuses Ammonites peu déterminables.

Les souvenirs des Anciens de La Roche, que nous avons confrontés avec différentes sources bibliographiques dont les archives départementales, nous ont fourni les renseignements suivants. Ils s’articulent autour de deux grands thèmes : l’état actuel de la carrière N°1 et l’utilisation de la pierre qui en fut extraite pour l’édification de la nouvelle cathédrale de Gap.

 

 

 

Accès à la carrière


A Pra-Reboul laisser la voiture en bordure de l’ancienne route qui passait par le hameau et continuer à pied sur la route montant entre les maisons. A la sortie du hameau prendre à gauche un sentier parfaitement entretenu et balisé. Dès que l’indication  « Carrière N°1 » apparaît, la suivre. Après une montée d’environ 300 mètres de dénivelée on arrive au pied de la zone d’exploitation de la carrière.


La carrière N°1 dite aussi carrière sud de Combe Mounière


L'intérêt de la visite réside dans l'observation de nombreux détails, témoins du travail des carriers et des tailleurs de pierre.
Ceux qui apparaissent à première vue sont les nombreuses zones de taille disséminées sur toute la surface de la carrière et révélées par le sol couvert d'une multitude d'éclats de taille.
Ensuite c'est la technique d'abattage qui se révèle par la présence d'entailles complètes, lorsque le travail n'a pas été achevé, ou de demi-entailles lorsque la pierre a été détachée du gisement. Ces entailles étaient destinées à recevoir des coins en bois ou en fer pour faire éclater la roche suivant une ligne prédéterminée. Lorsque le bois était utilisé il était mouillé pour fracturer la roche par gonflement. Sur l'ensemble de la carrière les largeurs de ces entailles se répartissent en quatre classes : 22, 20, 9 et 6 cm, leur profondeurs assez régulières se montant à 11cm. De nombreux exemples sont visibles sur la totalité du site.
Des demi-empreintes de trou de mine sont également visibles montrant que l'abattage à la poudre noire a aussi été pratiqué.
On peut voir également des pierres qui, après abattage, ont été partiellement taillées mais qui pour une raison ou pour une autre ont été abandonnées sur place. Une des plus remarquables est un claveau (pierre taillée en forme de coin, utilisée dans la construction des linteaux, des arcs, des voûtes et des corniches) peut-être destiné à la cathédrale de Gap et qui a été délaissée à la suite d'une cassure accidentelle de la pierre sur une de ses faces la rendant inutilisable. Sans en faire une règle générale cet exemple montre que la taille sur place a été pratiquée au moins jusqu'à une ébauche très avancée.
Enfin il reste une ammonite visible sur une dalle quasi-verticale. C'est la rescapée de nombreuses autres qui ont disparues, vandalisées en tentant de les prélever.
Un autre intérêt du site, et non des moindres, est la présence de deux fonds de cabanes. Une située en zone centrale de la carrière, est dénommée La Forge par les Anciens du village. Cette cabane, qui a utilisé en partie le rocher naturel, est limitée par un mur de pierres sèches dans lequel s'ouvre une ouverture que l'on peut qualifier de fenêtre. Le sol est constitué par un énorme bloc détaché du banc rocheux et qui a ménagé en-dessous une cavité ayant peut-être servi d'abri ou de volume de stockage. Cette cabane était très certainement couverte par une toiture dont il ne reste rien. Mais on peut voir dans le rocher qui a constitué une de ses parois des encoches destinées à supporter des poutres. De plus celles-ci étaient sans doute supportées par deux poteaux dont on distingue les trous carrés de calage de leurs bases. Enfin, et cela confirme la vraisemblance de la dénomination La Forge, une pierre horizontale disposée sur le fond de la cabane est creusée de deux cuvettes rectangulaires : une de 50 x 45 cm et de profondeur 30 cm et une de 20 x 15 cm et de profondeur 10 cm. S'agissait-il du foyer de la forge et du bassin de trempe utilisés pour rafraichir les outils qui, compte-tenu des modestes qualités des matériaux utilisés à cette époque pour ces outils et de la dureté de la roche, devaient sans doute s'émousser très vite. Nous avons retrouvé dans un angle de la cabane des cendres qui accréditent cette hypothèse mais il nous reste à les étudier plus en détail. Il nous a été dit que le charbon utilisé dans cette forge venait de Chanteloube. Le gisement d'anthracite de Chanteloube a effectivement été exploité, sous forme de concession, de 1867 à 1924 (rapport préliminaire du BRGM pour la réalisation d'un Plan de Prévention des Risques Miniers du Briançonnais)
Un deuxième fond de cabane est visible près de l'entrée de la carrière. Comme la précédente elle s'adosse à la paroi verticale d'un rocher naturel. Les trois autres côtés sont constitués de murs de pierres sèches et l'ouverture d'une porte a été aménagée sur le côté opposé au rocher naturel. Nous ne savons pas quelle était l'utilisation de cette cabane mais nous espérons que l'étude détaillée du sol nous permettra de proposer une ou plusieurs hypothèses.
Pour terminer avec la présentation de la carrière nous devons signaler un bois de feuillus (trembles) situé en bordure de celle-ci. Ceci semble indiquer la présence d'eau au moins en sous-sol car nos recherches ne nous ont pas permis de découvrir, pour le moment, de l'eau en surface (source, fontaine, ruisseau...) 
 

Utilisation de la pierre de cette carrière pour le chantier de la nouvelle cathédrale* de Gap

 

La construction de la nouvelle cathédrale de Gap s'est déroulée de 1866 (déclaration d'utilité publique de la reconstruction de la cathédrale, adjudication des travaux sur plans de M. Laisné architecte) à 1895 (consécration de la cathédrale qui ne sera véritablement achevée qu'en 1905 ; en 1906 M. Jacob architecte établit le procès-verbal de réception définitive des travaux, classement au titre des monuments historiques).
De style néo-gothique l'intérieur et la façade sont polychromes grâce à l'utilisation de pierres de couleurs différentes (pierres de Chomérac, de Céüse, de Crussol, de Salados et du Jura). En 1882 la pierre de Salados, commune de Chorges, est épuisée. Par lettre, en date du 7avril 1883, du Ministère de la Justice et des Cultes en réponse au préfet des Hautes-Alpes, il est autorisé de substituer à la pierre de Salados, la pierre de Pra-Reboul et ceci malgré un surcoût causé par l'extraction et le transport. La justification de ce changement est qu'il a été reconnu que la montagne de Prareboul, près Briançon, pouvait seule fournir une pierre rosée de première qualité. Dès lors c'est Caillat Charles entrepreneur à Gap qui exploite ces carrières à la place des carriers Antonietti Jean-Baptiste et Ramello François auxquels la mairie de La Roche les avaient louées (lettre du 12 mai 1881 du maire au préfet : il a été loué par la commune de La Roche aux sieurs Antonietti et Ramellot toutes les carrières de pierre de taille situées dans les communaux non soumis au régime forestier).
A partir de cette date la pierre rose dure de Pra-Reboul apparait dans les « Conditions particulières et série de prix applicables aux travaux des édifices diocésains ». L'examen des prix autorisés montre que pour la fourniture de pierres celles de Pra-Reboul sont les plus chères ce qui donne une idée de l'intérêt qui était attaché à leur utilisation architecturale. De même pour le coût de la taille des parements vus et le coût de la taille des moulures ils arrivent en deuxième position, très près derrière les coûts des tailles de la pierre noire du Jura ce qui montre les difficultés d'utilisation de la pierre de Pra-Reboul.
Enfin il est intéressant de noter qu'un document conservé aux Archives départementales récapitule à des fins d'évaluation du prix global toutes les tailles layées de parement sur pierre rosée de Prareboul ainsi bien sûr que sur les autres pierres. Nous avons ainsi la liste de tous les éléments d'architecture dans lesquels ont été incorporées ces pierres.

Jean FOUCRAS