Le vin la vigne

 

Les Egyptiens qui faisaient du vin 3000 ans avant J.C. transmirent leur savoir aux grecs qui codifièrent la bonne manière de tailler la vigne. Celle-ci, laissée à l'état naturel est une liane capable de ramper sur des dizaines de mètres. Puis les Romains perfectionnèrent la fabrication du vin proprement dite.

 

En l’an 7 avant Jésus Christ, le réseau des voies romaines se structure : à partir de Briançon on rejoint la Provence et l’Espagne. Les fonctionnaires, les militaires, les notables, les Empereurs empruntent ces routes. Les relais de poste ou les simples auberges sont destinés à ces voyageurs.

Cette influence romaine se traduisit notamment par l’introduction et l’usage du vin.

 

Apporté donc par les Romains et apprécié par nos ancêtres les Gaulois du Sud, le vin arrivait de Grèce ou d’Italie par voie d’eau (amphores découvertes le long de la côte méditerranéenne et dans la Saône). Les Romains enduisait de poix l'intérieur des amphores en argile pour les rendre étanches. Lorsque les tonneaux furent inventés et pour garder ce goût donné par la poix autrefois, les Grecs ajoutèrent au vin un résidu, donné par la résine doucement chauffée, appelé crapula. Les chevaux, mulets et ânes ne pouvaient, en transport, faire face à la demande grandissante, d’où la plantation de vignes le long de la Durance, de Manosque à Saint-Martin de Queyrières.

 

Le vignoble

 

Le développement du vignoble dans le Guillestrois est dû en partie à Phazy de Rame, qui par contrat du 20 juillet 1478, impose à ses fermiers de planter chaque année une fosseraie de vignes. Ce développement correspond alors à un besoin économique et notamment au fait que les seigneurs, comme Phazy de Rame ou Rostan de Saint Crépin, ne veulent plus la dîme en nature mais souhaite percevoir de la monnaie sonnante et trébuchante, pour tenir leur rang et vivre la vie des nobles en quittant le pays pour aller à la ville. En 1670 apparaissent les garde-vignes. Le vin devient objet de négoce. La commission agricole de 1849 déplore l'enclavement pour pouvoir vendre leur vin : ni trains et mauvaises routes.

 

1700 grand froid En 1820 le prix de l'hl en Savoie est de 30 à 40 francs En 1820 le prix de l'hl dans les Hautes- Alpes est de 15 à 20 francs En 1844 on plante encore de la vigne : 8 ha de plus sur 30 ans à Prareboul. Le premier bulletin météo date de 1876 h Le chemin de fer arrive en 1884 mais contrairement à ce désenclavement souhaité, le commerce du vin s'effondre à cause de la concurrence avec d'autres vins, surtout ceux de Provence. La surface des parcelles est de 0.5 ares en moyenne. En 1856 Inondation par la Durance En 1864 début du phylloxéra Les Foires à la Roche en 1902, le lundi après le premier dimanche de septembre et le 4° mardi de novembre. Le vin était-il tiré à ce moment-là ?

 

Le village de La Roche situé sur la route principale de Rome à Avignon, est traversé par le "grand chemin" voie de communication. Marchands et voyageurs s'y arrêtent. En 1840 le père Pascallon y compte trois auberges. " Celle des Trois Pigeons tenue par le sieur Charles Deyglun. C'est celle qui est la plus fréquentée par les étrangers d'après le bruit public c'est la meilleure, car c'est dans cette auberge que logent tous les gens du plus haut parage, comme aussi tous les charretiers. Celle du Chêne-Vert qui est à l'avenue du côté d'Embrun tenue par le sieur Giraud Jean et Bleinc. Enfin celle de l'Etoile tenue par sieur Robert Etienne. Ces auberges sont déjà anciennes dans le pays surtout celle de Deyglun que nous avons toujours vu depuis que nous connaissons la route de Briançon à Embrun." Père Pascallon

 

En 1863, Louis Pasteur découvre que les bactéries accélèrent le processus de fermentation du vin. Il décrit l’influence de la lumière, de l’oxygène et du temps sur le développement du vin.

En 1869 les enquêtes menées auprès des agriculteurs font état "de vins de bonne qualité pouvant sans inconvénients supporter le transport, mais l'absence de voies de communication faciles et économiques ne permet pas de les expédier, aussi leur prix est-il modique ; il pourra devenir plus avantageux pour le producteur lors de l'établissement des chemins de fer." Le Vignoble d'altitude de Nathalie Pogneaux.

 

L'insecte du phylloxéra fut importé accidentellement des Etats-Unis vers 1865. Ce puceron parasite fait des piqûres sur les racines de la vigne qui y faisant naître des nodosités, en quelques années provoquent la mort du cep. Les différents traitements resteront sans succès en raison de la très grande profondeur que les racines d'un cépage adulte pouvaient atteindre. Avec des seringues spéciales, on essaiera d'injecter des produits dans le sol de la vigne, mais sans résultat. On arracha les cépages morts et on importera un porte greffe américain dont l'écorce épaisse résistera à la piqûre de l'insecte. Pourtant, ni les progrès de l'agronomie (sélection des plants et engrais) et plants américains, ni le début de la science météorologique, crée pour le département des Hautes Alpes le 26 mai 1875, ne sauveront la culture de la vigne. L'arrivée du chemin de fer en 1884, amènera les vins du sud. Le phylloxera en Argentièrois, qui a débuté en France en 1870 et dans les Basses Alpes en 1874 arrive chez nous en 1880. Le début de l'ère industrielle détournera de la terre bon nombre de paysans. Ces raisons ajoutées sonneront le déclin du vin local.

 

En 1889, la première loi sur les vins est votée. Seul le produit issu de la fermentation complète ou partielle de jus de raisins frais ou de raisins frais peut porter le nom de vin. En 1863 la superficie des terres en culture pour les Hautes-Alpes est de 98.000 ha dont 6 000 ha de terres viticoles. Certaines années, la récolte aurait permis de vendre l'excédent de vin, quantité domestique enlevée, mais une taxe sur la circulation des vins locaux, des voies de communication en mauvais état, et la concurrence des vins de Provence, rendaient difficile cette opération.

 

Quelques superficies de vignes à la Roche en 1842

 

"Nombre d'habitants de la communauté de Vallouise n'ont pour tout bien que quelques arpents desdites vignes. « A la Roche la plus petite surface de vigne était de 0.18 are. Elle était à "Champ Pérussier" et appartenait à J. Etienne Albrand dit Caïre. Jean Pierre Albrand "au Billy" cultivait une vigne de 0.25a. A "la Casse" Jean Joseph Celse dit Dauphiné en possédait une de 0.52a. François Etienne Aillaud une de 14.95a. à la "Casse". Jean Baptiste Poulillian meunier au Serre possédait au lieu-dit "Les Plantas" une vigne de 15.27a. Pierre Alexis Rossignol de l'Argentière au hameau de "la Frairie" possédait une vigne de 18.04a. Jean Bleinc des Queyras possédait à Prareboul au lieu-dit "Dessus la vie" une vigne de 20.52a. Et la plus grande vigne a une superficie de 20.73a. Elle appartenait à J. François Fourrat de Vallouise et était située à "la Gamare".

 

Condition climatique

L'ensoleillement est exceptionnel dans le Briançonnais. De plus il y a, à la Roche, beaucoup de pentes où les rayons du soleil tombent perpendiculairement. La vigne est plantée en coteaux. "L'abri, que des masses rocheuses, épaisses et hautes peuvent offrir, en présentant aux vents hostiles un flanc opposé est très favorable à la viticulture, ainsi que le sol constitué de roches jurassiques et crétacées. " N. Pogneaux Le Vignoble d'altitude.

 

Grêle et gelée

En 1854, le 25 et 26 avril, le froid est très vif, tous les fruits ont gelé, sauf à la Roche. Cette année-là le vin de la Roche et de Pra-Reboul s’est vendu 38 francs à 40 francs l’hectolitre. (Vingt francs habituellement). L’été fut très sec.

Les inondations de 1856 furent importantes " On croyait voir un second déluge, aucun village du pays n'était en sûreté à la Roche une avalanche de pierre a emporté un pont envahit les terres et les vignes cultivées en contrebas. La diligence est restée bloquée sur la route impériale pendant six semaines". Livre de la paroisse écrit par le père Pascallon

A Prareboul ce fut dans ces terrains sablonneux où les pins furent arrachés pour faire de la poix, que les habitants de la Roche commencèrent à planter la vigne, et il y a apparence que dans les temps anciens, elle réussissait mieux qu'aujourd'hui ; car au rapport des vieillards qui existent aujourd'hui au moment que j'écris, qui l'ont vu de leurs propres yeux et qui l'ont entendu raconter par leurs pères, grand nombre des habitants du lieu n'avait presque aucune récolte en grains et en vendant une partie du vin qu'ils faisaient, ils avaient les moyens d'acheter du blé. Aujourd'hui, disent-ils, ce n'est plus cela. Les années qui voient les raisins parvenir à bon terme ou à bon point sont excessivement rares. Vu la petite étendue de terrains il y a beaucoup de vignobles à Prareboul. Les raisins y sont abondants et délicieux. Le vin de Prareboul est beaucoup meilleur plus fin que celui des autres endroits de la Roche, que celui de St Crépin d'Eygliers de Guillestre de Risoul. Il en ait même qui soutiennent qu'il vaut mieux que celui de St Clément quoiqu'il ne paraisse pas si gros. Il arrive aussi que les gens de Prareboul ne sont jamais en peine pour s'en débarrasser et même ils le vendent toujours quelque chose de plus même qu'à St Clément. "Père Pascallon Registre de paroisse. L'ensoleillement du hameau de Prareboul est plus long qu'à la Roche. On compte 34 minutes de différence le matin et 46 minutes le soir. (Observation faite le 24 décembre 2003)

 

Au début du XX° siècle, les vignes à La Roche occupaient encore une surface importante. Les maisons étaient groupées en hameaux et les vignes s’étendaient tout autour sur les côtes ensoleillées, telles les Arches, Coutin, la Calla, Champérussier, Prareboul, les Vignores, Mas des Moniers, et bien d’autres. Les cépages étaient le plus souvent du raisin noir. Quelques pieds de raisins blancs au milieu de la vigne, ainsi que quelques pieds de muscat étaient réservés aux malades (Fernande Albrand). Dans les cuves, raisins blancs et raisins noirs étaient mélangés. Exception faite pour quelques familles, qui pressaient à part le raisin blanc. Ce vin blanc était gardé pour les fêtes ou pour les veillées.

 

1 Le travail de la vigne

Le premier travail de la vigne commençait en mars, car à Sainte-Agathe le 7 février, c’était trop tôt.

« A la Saint-Agathe 5 février prend ta serpette et ta bouteillo

Va à ta vignette, va tenin auprès de ta souchetto

Si tu ne tailles pas tu te reposeras. »

En mars, on taillait à la serpe ou au sécateur, le cutel de poua, et à la nouvelle lune. Les sarments sont entassés au bord de la vigne.

En avril, on piochait la vigne avec le bigot, pioche fine et pointue. On dégarnissait les souches. On passait la charrue, on labourait, dans les « vallas » ou sillons.

Avec le fumier on enterrait aussi : « chaussures à clou, boîtes de conserve et bien d’autres choses accumulées pendant l’hiver ». Le fer (sulfate de fer) est bon pour la terre.

En juin, on sulfatait avec la bouillie bordelaise, on la soufrait après et on laboure une deuxième fois au début de ce mois et on butait les souches.

En août, on taillait « les gourmands », on épointait la vigne avec la faucille, coupant ainsi les rameaux pour « forcir les raisins » et on enlève l'herbe entre les souches.

Enfin, octobre arrivait et un arrêté de Monsieur le Maire, affiché et clamé par le garde champêtre, autorisait le début des vendanges. C’était vers mi-octobre.

Quelques jours avant les vendanges on avait nettoyé la cave (toiles d'araignées) et donné un bon coup de balai. La barrique et les robinets sont mis à tremper à la fontaine. Les tonneaux d'un muid, à peu près 300 litres, avaient une petite porte au bas qui permettait aux enfants de 8 à 10 ans d’entrer pour les nettoyer. Fifine et Fernande Massieye et Roger Albrand se souviennent avoir eu peur à l'intérieur. Avec un grattoir et une brosse dure et de l’eau chaude, ils enlevaient le dépôt de vin de l’année écoulée. On soufrait l’intérieur des tonneaux avec une mèche de toile raide, imbibée de soufre. A la bonde du tonneau on fait prendre la mèche qui va brûler lentement dans le tonneau. Puis on étanche les joints de la porte par laquelle les enfants sont entrés, avec un mélange d’eau et de farine pétrie ou avec du plâtre ou encore de la filasse et du suif ou de la panne de porc. La cendre mouillée assainit le bois. On "endouait" la cuve appelée tine. On souffre aussi les barriques. La contenance d'une barrique est de 100 litres. e cuvier, bennes ou cornue est prêt à aller à la vigne pour y être rempli de raisins. Préalablement elles ont été mises à tremper dans la fontaine avec les robinets, pour les faire gonfler. Et le jour dit, hommes, femmes et enfants s’en allaient à la vigne, qui à pied, en suivant l’âne ou la mule, qui en charrette selon la largeur du chemin.

 

2 La vendange

Les parcelles viticoles relèvent de la législation communale bien que s'agissant de propriétés privées et la date des vendanges est fixée par l'administration : "ce jourd'hui 26° du mois d'août 1670, nous consuls de Champcella avons ordonnances et condamnons ceux qui iront prendre les raisins audites vignes avant la date convenue par nous pour les vendanges. Condamnons ceux qui iront le jour, payeront la somme de 15 sols, ceux qui iront la nuit à 3 livres et de les remettre entre les mains de Pierre Collomb consul moderne du lieu, pour être punis suivant leur crime …"  Père Pascallon

 

Les femmes coupaient avec « le crocu » genre de couteau opinel. Les hommes portaient les paniers qu’ils vidaient dans la benne où, déjà, ils foulaient les grappes avec « le faudjau », sorte de long pilon en bois. Lorsque les bennes étaient pleines, on les chargeait sur l’âne ou sur la charrette. Jacoti du Serre portait les vendanges sur le « bast » de sa mule. Laurent de la Frairie sur un traîneau tiré par sa mule. Ce traîneau avait des patins en bois et en fer et, une chaîne passée sous le patin faisait office de frein.

D’une façon ou d’une autre, on arrivait à la cave où on vidait les bennes dans la cuve en y accédant, soit par un plancher incliné, soit par un trou situé dans le plancher de la pièce du dessus. Certaines cuves avaient une contenance de 25 hl. Les douves de ces cuves sont en mélèze cerclées de fer.

On laissait alors fermenter de dix jours à trois semaines, le « moût » en "foudjant", écrasant soir et matin. Il fallait enfoncer les grappes avec la fourche ou le foudgeon. Certains écrasaient aux pieds. On foudjait dans les bennes pour faire sortir le jus et on vidait jus et raisins dans la cuve où on foulait pour la deuxième fois. Ceci pour faire descendre la rache dans le jus Après la fermentation on « butait » la cuve à la.   Certains "butaient", c'est-à-dire descendaient dans la cuve une claie circulaire que l'on maintenait sur la rache en butant cette claie à la voûte en mettant un couvercle de planches circulaires sur lesquelles on posait un long bois qui allait jusqu’au plafond pour coincer ce couvercle. Dans ce cas ils ne foudgeait pas. Avant de quitter la cave on buvait un verre de clairet. Qu'il était bon ! Attention au gaz carbonique qui se dégageait de cette fermentation ! Il fallait être prudent et le test de la bougie qui s'éteignait était la preuve du manque d'oxygène. Quand on vendangeait par beau temps le jus bouillait plus rapidement. On laissait reposer et on soutirait le vin. Au bas de la cuve, un robinet et avant ce robinet "un paillasson" fait de sarments de vigne ou de branches sèches de cassis, arrêtait les grains de raisins.

Le vin était alors soutiré dans des seaux en cuivre et versé dans la barrique et dans des tonneaux en bois cerclés de fer, par la bonde, avec un entonnoir en bois ou en fer.

Les caves fraîches, aérées, conservent bien le vin. Dans une même maison, il y a parfois deux caves qui appartenaient à deux propriétaires, à Coutin par exemple, ou au presbytère. Dans les années 1930, pour améliorer le vin, on fit venir un wagon de raisin du bas du département que l’on mélangeait au cru du village. Au village le curé Palluel s'occupait de la coopérative agricole. Préoccupé par le bien-être de ses paroissiens, un dimanche, disant la messe, il se retourna vers ses fidèles, on disait alors l'office dos au peuple, et annonça que l'engrais était arrivé à la gare ! Avant 1946, date de sa mort, c'était lui qui faisait venir du raisin de Provence.

Le vin servait à la consommation familiale : « Les petits crus, pauvres d’alcool, prenaient en séjournant quelque temps dans les tonneaux de mélèze ou de pin, un arôme particulier qui les rendait si parfumés et si agréables à boire » (Sibourg Ernest 1890). Il pouvait servir aussi pour échange ou troc. Les habitants de Prareboul échangeaient leur vin, meilleur que celui de la Roche, contre du blé. « En 1856, la récolte du vin vint au secours de la récolte du blé. Le vin s’est vendu cette année-là à Prareboul, 30 à 34 francs l’hectolitre. La même année le vin du Languedoc et de la Provence s’est vendu 60 francs l’hectolitre. Le père Pascallon note aussi « que pour obtenir quelque chose à la Roche auprès des autorités civiles, il faut que le vin en grande quantité se mêle avant tout de la partie. » Les gens de Saint-Martin de Queyrières possédaient caves et celliers à la Roche. En effet le vin de la Vignette était moins bon. Le Seigneur de Queyrières disait que le vin de la Vignette était plutôt sur le vinaigre que sur le vin ! Quoi qu’il en soit il reste de ce temps-là, une amitié entre les deux villages. De même, les gens de Champoucel avaient tous, plus ou moins, leurs vignes et leur cellier à Prareboul.

En 1964 la superficie des terres viticoles dans le département des Hautes-Alpes est passée de 5188 ha à 1700 ha et la production de vin de 94 000 hl à 50800 hl.

Puis en 1958-1960, avec le boom démographique, les vignes se sont vendues en terrain à construire. Le bayle Emile Albrand, et Joseph Arduin furent les derniers à exploiter leur vigne.

 

3 Le vin

Le premier vin soutiré est le clairet.

Ensuite, on sortait la râche de la cuve pour la mettre dans le pressoir. Dès que l'on pressait, les pressures, produites par les grains non éclatés, coulaient par le trou situé au bas du pressoir. Les pressures sont du vin second. Lorsque la récolte était insuffisante pour les besoins de la famille, on remettait la rache pressée du pressoir, dans la cuve, on y ajoutait de l'eau et du sucre et on laissait bouillir (fermenter) quelques jours. Et on soutirait la piquette. C'est un vin piquant qui est léger, qu'il faudra boire en premier et qui, l'été, coupé avec de l'eau désaltère. "On économisait le bon !"

 

 

 

 

 

Deux dessins du pressoir à contre poids, l’un du xx° siècle et l’autre du xxi° siècle : Maurice et Hubert

 

4 L’eau de vie la « gnole »

La rache ou rafle doit rester dans le pressoir à l'abri de l'air, ne devant pas aigrir, tant qu'on ne la porte pas à l'alambic. 

Le vin restant de l'année précédente pouvait être mélangé à la rache

Mise dans les tines et chargée sur la charrette, on la porte, soit à La Roche à Alfred Duc qui a installé l'alambic devant la mairie (bibliothèque actuellement), On arrive avant six heures du matin avec le bois nécessaire pour chauffer l'alambic et le repas du bouilleur de cru. La distillation se fera dans la journée et chacun récupèrera son eau de vie le soir.

La législation donne droit aux bouilleurs de cru, de distiller. Ce droit se perpétue de père en fils. La première distillation donne une eau à 90° si tout va bien c'est à dire si la chauffe a été lente. La flemme sort dans le cas contraire a 40 degrés. Celui qui a droit de distiller a droit à 1000°. Comme l'eau de vie doit être à 50°, chaque famille ayant droit peut avoir 20 litres de gnôle. Cette eau de vie est précieuse : Maux de dents grog douleurs diverses rhumatismes, pour frictionner bêtes et gens, pour désinfecter une plaie. Tout au long de l’année, la bouteille « de gnôle » était sur la table, pour tous les gens de passage : facteur, garde-champêtre, bergers et bien d’autres.  Tous « cuquaient » !

On buvait "la goutte ». Le matin "une gonflée" dans le café. On en porte en montagne lorsqu'on fait l'affouage ou les coupes de bois. L'hiver, elle réchauffe. Pour confectionner les liqueurs (génépi, hysope, genièvre…etc.) et les médicaments à base de fleurs d'arnica.  "Nous buvions le vin de nos vignes. Nous trinquions d'une bonne larme de notre eau de vie réputée comme baume, désinfectant ou révulsif quasi universel."

 

5 Le pressoir

Après avoir soutiré le vin il fallait presser la « rache". Le pressoir avec la pierre contrepoids est un pressoir qui existe en Crête au 5° siècle avant Jésus Christ. Ce pressoir est appelé pressoir crétois.

Le pressoir dit Egyptien daterait du temps des Romains, 100 ans avant notre ère. Il se compose d'une poutre de bois de 5 à 11 mètres de long et de 0.40 ou 0.50m de section. Cette pièce de bois est soit en sapin, qui venait du bois du Puy ou du Gourgeon, soit en mélèze du Lauzet et même en noyer. Une pierre taillée en marbre rose de Guillestre de la carrière de La Roche pèse de 2 à 3 tonnes et va servir de contrepoids. 

 Une vis qui permettra à la poutre de s'affaisser sur les planches du bassin est en frêne ou en sorbier. Poutres de bois, pierre contrepoids et vis vont composer le pressoir. Ces mesures variaient peu d'un pressoir à l'autre à la Roche. A l'Argentière, Pierre Alexis Etienne Rossignol notaire, conseiller municipal et conseiller général, possédait 4 ha de vignes et trois pressoirs dont l'un avec une poutre de 11mètres sur 52cm de section. La longueur de la poutre du pressoir de Georges Duc est de 5.60 mètres, de section 0.40 m. Pierre et poutre sont les éléments les plus encombrants du pressoir. Ils ont dû être installés dans la cave, à la construction de la maison. Quant à la vis, elle est aujourd'hui support d'abat-jour ou de table de télévision.

Devenue encombrante ces dernières années, la pierre contrepoids fut, dans une maison pulvérisée et dans plusieurs autres maisons, enterrée dans le sol de la cave. Sur celui d'Arduin Baptiste 1617. Sur la poutre du pressoir d’Albert Allard on lit la date de 1726. Sur celui d'Albrand Gustave père d'Henri 1865 Sur celui de Georges Duc 1886.

1617 Le pressoir de Baptiste du Riou 1726 Le pressoir d'Albert Allard de l'Amourier 1865 pressoir de Jean Albrand aïeul de Henri de Géro 1886 Le pressoir de Jean Etienne Duc père de Léon lui-même père d'Alfred lui-même père de Georges

 

Le bassin

On disposait la rache humide dans le « bassin ». Celui-ci est formé d'un cadre en bois claveté. Un trou à la partie inférieure du bassin permettra au jus de s'écouler.

Par un système de forces décuplées deux hommes tournaient assez facilement une tige de fer enfoncée dans la vis en bois de sorbier. On tournait lentement et en plusieurs fois pour faire descendre la poutre de bois, qui en appuyant sur les planches mises sur la rache, écrasait celle-ci. On graissait la vis avec de la graisse de porc.

On "braquait" à deux sur la tige de fer. . . ça craquait ! On faisait cette opération le soir et on bloquait la vis qui en montant soulevait la pierre qui décollait du sol et inclinait la poutre sur les planches mises sur la rache. On bloquait le système pour la nuit. Au matin, on dévissait, la pierre retombait, et on recommençait. On pressait progressivement et non d'un seul coup. On attendait que le jus sorte et on repressait. Tant qu'on ne portait pas à l'alambic, on laissait en presse, la poutre en bas. Par contrepoids, l’énorme pierre ronde d’une tonne à deux tonnes montait, tournait sur elle-même, se relevait de 20 à 30cm. Quelques litres de vin étaient encore soutirés : c'étaient « les pressures ». 

La rache, écrasée et maintenue humide, était portée à l’alambic qui se trouvait devant l’ancienne mairie. Dans l’alambic on mettait vin et rache (si on mettait vin et eau la gnôle était faible) au fond de celui-ci. Dans la chaudière, on met la rache. On ferme hermétiquement. Au-dessus une grille et de l’eau qui fera la vapeur, et dessous le foyer alimenté au bois. Un col de cygne va au condensateur et repart par un autre coude dans le réfrigérant (grosse cuve) où il y a de l’eau froide. La vapeur condensée se transforme en eau-de-vie. Un contrôleur appelé « rat de cave » surveillait les opérations. Chaque famille avait le droit de faire 21 litres d’eau-de-vie. Certains voisins venaient de bonne heure « se désinfecter la gorge ! » Enfin dernière utilisation de la rache : mise dans des pierres creuses en alternant couche de fromage et couche de rache, et en fermant soigneusement ces pierres creuses, le fromage se conservait tout l'hiver.

 

Historique du pressoir individuel

"Vers le VII° siècle et parce que se tarissaient les sources habituelles de l'esclavage, des corvées agricoles, autres que le travail "aux pièces" sont apparues. Les grands propriétaires exerçaient un droit général de commandement qu'on qualifiera de ban. « Georges Duby page 318 tome 1 Les petits propriétaires n'y échappent pas ni souvent les communautés religieuses que la vieille immunité aurait dû protéger. C'est en vertu du droit du ban que le seigneur impose aux sujets de la seigneurie, l'obligation d'utiliser de façon exclusive le four, le moulin, le pressoir que lui-même a édifié. De toute manière, le droit de ban est une source de profit pour le seigneur, soit directement, comme c'est le cas des banalités (de four, de moulin, de pressoir), soit indirectement en raison des amendes qui sanctionnent toutes désobéissances au ban. Le droit de ban dû au seigneur a-t-il contribué à ce que chaque famille ait, dans une cave de la maison, un pressoir ? Le paysan était-il individualiste sur le bien ? Il avait un sens de la solidarité vis-à-vis de la communauté (entraide)

 

Vin objet de lien social         

Au sujet de la nomination des Vice-recteurs et Recteurs de la Confrérie des Pénitents

"C'était par voie de suffrage de tous les individus agrégés à la Confrérie. Plus tard, cette nomination devint un caballage parfait. Le plus ambitieux et souvent le plus indigne se mirent pendant plusieurs semaines à l'avance, à payer du vin à satiété aux associés de la Confrérie sous la promesse expresse qu'ils leur donneraient leur suffrage chacun. Alors on voyait des rivalités, la paroisse se partageait en deux camps, on allait boire et manger dans les auberges aux frais des compétiteurs. C'est un fait reconnu non seulement dans la paroisse, mais même dans les paroisses voisines que plusieurs individus se sont ruinés et ont ruiné leur famille pour parvenir à la charge de Vice-Recteur. On en cite deux dans le hameau du Serre, un est mort et sa famille est très pauvre et misérable. Mais l'autre est plein de vie, c'est le sieur Jean Baptiste Massiey dit le babillard. Il avait averti les cabaretiers qu'ils auraient à servir comme il faut ceux qui se présenteraient et qu'il paierait lui-même exactement tout. Alors il était un des plus riches du pays et les cabaretiers ne demandaient pas mieux. Les hommes les jeunes gens ne passaient presque pas de jours sans aller se délecter aux auberges ; Ils quittaient en foule leur bêche qu'ils laissaient plantées dans leur champ et se rendaient à table. Le Sieur Massiey parvint en effet à remporter la victoire sur son concurrent. Il fut nommé Vice-recteur comme d'usage le jour de l'Assomption, mais dans les auberges les comptes étaient portés à trois mille cinq cents et quelques francs. Pour payer cela il fallut vendre des propriétés. Plus tard la famille augmenta et il se trouva dans la gêne. Cela le porta à de mauvais procédés et il fut mis en prison. Aujourd'hui il n'a absolument plus rien et vit en travaillant beaucoup et au milieu de grandes privations. Heureusement que sa femme a encore su se conserver quelques propriétés." Père Pascallon

Une émine de vin = 16 pots = 16 litres

 

Vin source de revenu

En 1779, les consuls de Vallouise demandent à l'Intendant du Dauphiné de bien vouloir restituer à leur communauté les privilèges obtenus le 7 juin 1737, privilèges qui les autoriser à "vendre le vin du cru à l'exception du vin étranger…la préférence qu'on donne aux vins des localités voisines qui sont de meilleure qualité… et les officiers municipaux de ladite communauté ne peuvent parvenir au recouvrement des impositions qui sont très considérables et les propriétaires des vignes sont dans l'impuissance de subvenir aux besoins de leurs familles qui se retrouvent réduites à la dernière misère attendu que le nombre d'habitants n'ont pour tout bien que quelques arpents desdites vignes".  La quantité de vin produite par chaque famille avant 1942 était en moyenne 1200 litres par an. La culture de la vigne est une culture de prestige.

 

La vigne dans le canton

Entre la fin du XVIII° et le milieu du XIX° la population française croît. En 1792 les Hautes-Alpes comptent 118 000 habitants En 1846 les Hautes-Alpes compteront 133 100 habitants. Cette transformation se matérialise par une augmentation du nombre des propriétaires de vignes.

 

En 1803 Louise Françoise Ancelin et Pierre Rouget sont aubergistes

En 1813 Alexis Hodoul est aubergiste

En 1821 Joseph Deyglin est cabaretier patenté. Il a 60 ans. Sa femme est Marguerite Blanchard qui est décédée avant 1839. Il meurt le 6 novembre 1839 à l'âge de 78 ans. Ses enfants sont Marie Marguerite née le 21/02/1800. Jean François né le 11/07/1809 et Suzanne née en 1811. Son fils Jean François est cabaretier lorsque son père meurt. Le grand père Charles Deyglun était déjà cabaretier. Il est né au Saulze sur Ubaye.

En 1831 Jean François Queyras (41 ans) et Jean François Charles ont chacun une auberge.

Un settier mesure 100 litres La chopinette est un quart de vin

 

 

Les dictons et les chansons

La vigne et le vin ont de tous les temps prêtés à des chansons et à des écrits ainsi qu'à de nombreux dictons.

Henri IV "Bonne cuisine et bon vin sont paradis sur terre"   Rabelais " Jamais homme noble ne hait le vin" Dyonisos le Grec Bacchus le Romain

 

 

Autre sorte de pressoir

Le pressoir dit moderne est un pressoir à vis en fer. Il se compose d'une cuve ronde formée de deux demi-cercles en bois qui sont réunis par des crochets en fer. Cette cuve a soit un fond en bois et repose alors sur des pieds en bois, soit elle est ajustée sur la rigole d'un plancher en béton.  En tournant petit à petit le volant situé au haut de la vis en fer, on "clique". Ce qui fait descendre le morceau de bois épais sur un platelage circulaire qui écrase la rache. Et on recueille le vin.

 

Quelques propriétaires de pressoirs à contre-poids à la Roche

PRA-REBOUL : Queyras Rémi          Pressoir moderne à vis en fer Combal Simone Pressoir moderne Martin Roger Pressoir moderne GARNIER Louis Pierre éclatée et poutre tronçonnée

Mas des Queyras : Queyras Adolphe Pressoir à contrepoids complet DUC Georges Pressoir à contrepoids complet MASSIEYE Francis Pressoir à contre poids où il ne reste que la pierre FAURE-BRAC Annie La pierre est enterrée. LA CURE La pierre est visible

LA FRAIRIE Aillaud Edmond   La pierre est enterrée

LES IZOARDS : DAMIANO   La pierre est retournée mais visible AILLAUD André La pierre est enterrée

COUTIN : ABEIL Félix La pierre est semi-enterrée

LE SERRE

LE BATHEOUD L'AMOURIER : ALLARD Albert la pierre est enterrée la vis est visible LA FARE : FOURRAT Joseph la pierre est enterrée et cuve de pressoir moderne DUPIN La pierre est visible

LES GILLIS ALBRAND François Pressoir moderne

LES BRUNS : ABEIL Elie Pressoir moderne ALBRAND Pierre Pressoir à contrepoids

LES BONNAFFES : ALBRAND Emile Deux Pressoirs à contrepoids et un pressoir moderne

ARDUIN Joseph           Pierre visible ARDUIN Léon Pressoir complet

GERO MASSIEYE Charles Pierre visible            PALLUEL Julien Pierre visible PHILIP Roger Pierre visible Demoiselles MURIS Pierre visible ALBRAND Henri Pressoir à contrepoids ALBRAND Victorin Pressoir à contrepoids

MASSIEYE Charles Pressoir à contre-poids

 

Quelques précisions :

Filtre en sarments de vigne mis à l'intérieur de la cuve avant le robinet, Il arrête les grains de raisins restant après le foulage 

La cuve en mélèze peut avoir une capacité entre15hl et 25hl On y verse les grappes de raisin et on foule avec un fouloir pendant la durée de la fermentation (de 10 à 15 jours).

On descend parfois par des marches taillées à l'intérieur Le vin tiré, on sort la rache avec des fourches. Le tonneau pouvant contenir un muid c'est-à-dire 300 litres

Il sera nettoyé avant la vendange par les enfants, puis sera soufré Entrée du tonneau qui sera bouché avec de la farine après le nettoyage

La barrique plus petite que le tonneau (de 50 à 100 litres) Cerclée de fer comme la cuve. Le trou de remplissage est bouché avec bouchon de bois et chiffon de chanvre

Chaque trait sur le mur de la cave représente une barrique versée. 

Trou au plafond qui correspond au plancher de la pièce où on décharge les bennes ou cornues. Par ce trou on jette le raisin dans la cuve

Dans d'autres cas un plan incliné dans la cave permet d'arriver à la cuve. Mortaise chevillée et clavetée du cadre pressoir. Bennes ou cornues remplies à la vigne

La bonbonne est utilisée surtout pour garder l'eau de vie. Le fenestron d'aération de la cave pressoir. Entonnoir en bois sert à remplir les tonneaux

La vis du pressoir est en frêne. On la graisse avant de la faire tourner Une tige en fer est mise dans le trou situé au-dessus de la pierre.

Deux hommes de chaque côté de la vis font tourner d'un quart de tour celle-ci avec cette tige de fer La pierre pèse de 2 à 3 tonnes

Elle est en marbre rose de Guillestre que l'on retrouve à la carrière de La Roche La poutre est en mélèze ou en pin Elle mesure 5 à 6 mètres de long pour une section carrée de 0.40XO.40

La vis est en sorbier mesure 2 mètres10 pour une section de 18cm La fourche est recourbée à 90° pour pouvoir sortir la rache Les jumelles en mélèze Poutre de 5.60 mètres en mélèze

Vis en sorbier   Ecrou en fruitier Pierre contrepoids Solivage en mélèze scellé dans le mur Mouvement de la poutre ↓↑Platelage Coinçage de la vis dans la pierre Trou pour passer la barre en fer

Trou au bas du pressoir pour le vin Les initiales gravées avec l’eviva italien

(Les initiales gravées sur la poutre sont celles de Jean Etienne Duc)

 

Proverbes et dictons de France …Sur le vin…

Bon vin, mauvaise tête

Le vin est le lait des vieillards

Le vin est un bon valet mais un fichu maître } Auvergne

Le vin pour boire, l'eau pour se raser

Or, ami, vin, serviteur, le plus vieux est le meilleur 

Au matin, bois le vin blanc                 } Bourgogne

Le rouge au soir, pour faire le sang

Injure de vin aisément s'oublie          } Provence

Ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit

Saint Vincent Diacre de Saragosse Martyr en 304 Vénéré en Espagne puis en Bourgogne

Patron des vignerons fêté le 22 janvier

A la St Vincent, petit bonhomme, mets ta serpette dans le sarment

Si à la Convention il pleut (25 janvier)

Le vigneron au vin dit adieu

Brouillard en mars ne fait mal aucun

Celui d'avril emporte pain et vin

En avril, froidure est bonne,

Pain et vin donne (Guyenne)

Quand il tonne en mars,

Pain et vin viennent de toutes parts (Lot)

Si de mai le 25 est sec, beaucoup de vin (Ardennes)

Taille le Vendredi Saint, tu auras beaucoup de raisins (Dauphiné)

Gelée de Vendredi Saint

Gèle le pain et le vin

Le vigneron n'est rassuré

Qu'une fois la St Urbain (25 mai) passée (Hautes-Alpes)

A la St Urbain, s'il fait beau

Préparer vos tonneaux

Clair à l'Epiphanie, tonneaux bien remplis (Alsace)

Prépare autant de tonneaux

Qu'en juin tu compteras de beaux jours (Saintonge)

Lorsque beaucoup d'étoiles filent en septembre,

Les tonneaux sont trop petits en novembre (Vosges)

Eau de St Jean et pas de froment (Poitou)

 

Le vin en littérature…

Vin perd mainte bonne maison François Villon

Je fais l'amour au bon vin et au boire Etienne Pasquier 16°

Qui aime bien le vin est de bonne nature

Le vin, la plus aimable des boissons…date de l'enfance du monde Brillat-Savarin

J'ai quelquefois sur ma musette

Chanté les Amours et le vin ;

Et si j'étais moins libertin

Je serai plus mauvais Poète Abbé de Chaulieu 18°

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas dans l'Angleterre

Pierre Dupont 19°

Il faut toujours être ivre […] de vin de poésie ou de vertu, à votre guise.

Mais enivrez-vous Beaudelaire

 

Enfin dans "Jean le Bleu" Jean Giono page 124 décrit l’atmosphère qui régnait autour du pressoir

« Le village sentait le tonneau mouillé et le bois écrasé. Il ne sentait pas le vin, il sentait la lie, la boue des cuves. C’était la fin des vendanges. Dans de gros corsets de planches on écrasait les grappes déjà écrasées. On essayait de tirer encore de tout ça des fils de vin. Il y avait une longue barre de bois toute gluante et, au commandement, huit grosses mains claquaient sur la barre. Alors, Mérope chantait et on voyait les mains qui se desséchaient en serrant le bois, puis la force des hommes qui remontait dans les bras comme deux grosses boules de fer, et puis les poitrines qui se gonflaient pour avaler ces boules, et puis les reins qui se rejetaient en arrière, les jambes qui tremblaient ; la barre craquait, le pressoir criait son cri d’accouchée, son ventre grésillait d’une écume rouge, et une petite pluie de vin tombait dans la cuve. Ce vin était là-bas au fond, noir, caillé. Il ne bougeait pas. Il était plat et luisant et le soleil se reflétait dedans. Dans le verre, il restait lourd, moiré de petits arc en ciel et il déchirait la gorge avec son goût de sève et de verdure. »